Jean Cigu – le 27.09.2020
1 – POURQUOI LA RECHERCHE, LA QUÊTE, LA PASSION, LE COMBAT POUR LA VÉRITÉ ?
La recherche de la vérité est une constante culturelle exprimée en occident depuis plus de deux millénaires dès les Présocratiques. Elle occupe une place importante dans l’histoire de la philosophie, dans les sciences et les valeurs de notre civilisation, sous des formes et avec des enjeux, des statuts différents.
Elle est une des valeurs de référence qui structure notre culture. La question de la Vérité est très profondément liée à la question du sens même de l’aventure humaine: vérité de la parole, des discours, du logos ; vérité de l’être, question centrale de la philosophie depuis Parménide.
Elle interpelle l’histoire de la métaphysique, paradoxalement comme porteuse et oubli de la fonction de l’être.
Elle est la colonne vertébrale de la recherche scientifique et de l’histoire des sciences, même si le sens de la vérité scientifique se pose en termes différents de la vérité philosophique.
Si la Vérité est bafouée ou niée comme référence fondatrice de la culture et de la civilisation. C’est tout l’édifice qui est ébranlé et menacé, le plongeant dans la crise du sens, des repères et des fondements mêmes.
L’oubli de la question de la Vérité, de l’être, du sens et des valeurs, doublé de la mondialisation des mensonges et contre vérités (fakenews, mensonges et manipulations de masse des pouvoirs politiques et médiatiques), plongent le monde dans la crise et le non sens.
La vérité comme fondement, référence et caution de notre monde, s’est vue objecter d’être un instrument de consolidation du pouvoir, de tous les pouvoirs, alors que de nos jours la référence à la vérité n’a plus d’intérêt politique officiel.
Seuls les mensonges et la manipulation ont un intérêt pour la conquête et le renforcement des pouvoirs, qui avec la stupidité des réseaux sociaux, conduisent au contrôle et à l’aveuglement des peuples, qui, comme dans la « parabole des aveugles » de Bruegel l’ancien, sont des cortèges d’aveugles sans mémoire, guidés par des guides borgnes ou aveugles, s’engouffrant vers les abimes et les ténèbres.
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La vérité peut toujours pâtir d’une forclusion du sens par le dogmatisme et le fanatisme.
La mondialisation du mensonge et des manipulations de masse ouvrent un espace de nihilisme mondial.
2 – DEVANT CE CONSTAT, LA VÉRITÉ EST EN DANGER. COMMENT AVONS-NOUS PU EN ARRIVER LA ?
Deux conceptions de la Vérité s’affrontent, alimentant les controverses : une « transcendantaliste » et une « immanentiste » :
- La première se revendique de Parménide, Platon, jusqu’à Heidegger, liée à la croyance des Universaux
- La seconde a inauguré le courant dominant « nominaliste ». Elle commence avec Aristote. Il est critique de Platon et fondateur de la logique des sciences.
D’un côté, il y a les philosophies gréco-allemandes et continentales axées sur les universaux. De l’autre côté, il y a les courants nominalistes anglo-saxons, positivistes, et pragmatistes, incluant l’école de Vienne. Aristote constitue la plaque tournante et transitive entre Universalistes et Nominalistes.
Le courant universaliste pose la vérité comme transcendance surplombant les « domaines » de la pratique et de la connaissance.
Histoire et Vérité
La Vérité en tant qu’universelle ne peut avoir d’histoire. Seuls les hommes dans l’histoire ont une représentation différente, contextualisée et changeante. Cela peut nous entrainer à penser que si la vérité n’a pas d’histoire, seules les représentations humaines peuvent en avoir une (voir la controverse Foucault et Bouveresse).
Notre recherche portera donc sur :
- les représentations de la Vérité en occident depuis les Grecs, et aussi dans d’autres cultures (la Chine en particulier)
- Les liens, études et relations existent entre ces « systèmes de Vérité ». Ils se développent au fil du temps depuis les présocratiques à nos jours.
- Les courants, écoles et représentants de ces courants universalistes et nominalistes, en décrivant les figures émergentes de la Vérité
- Quels sont les courants qui portent, interrogent, critiquent, ces différentes conceptions de la Vérité ?
- Regards sur les Sophistes, naturalistes, sceptiques, pragmatistes, positivistes….
3 – QUELLE EST LA GENEALOGIE DU CONCEPT DE VÉRITÉ ?
En quoi la question de la Vérité se pose différemment en philosophie et en sciences ?
La question du rapport de la métaphysique et de la Vérité :
- La métaphysique est porteuse de la question de la Vérité et de sa forclusion : depuis les Présocratiques, la métaphysique s’est voulue le lieu d’expression de la Vérité.
- Toutes les grandes philosophies ont abordé la question de la Vérité comme un enjeu de la métaphysique
- La conception transcendantale de Platon devient l’objet de la critique d’Aristote. Il transforme la Vérité en un enjeu formel qui débouche sur la logique. Cela inaugure l’histoire des sciences.
- L’universalisme de Platon va se convertit en formalisme logique, fondateur de la méthode scientifique immanente.
- De plus, l’histoire de la métaphysique est celle de l’oubli de la question de la vérité de l’être, noyée dans le formalisme langagier et logique.
La science s’est constituée avec les mathématiques et la physique (« phusis »). Son domaine est la nature, contrairement à la méta physique.
Il y a deux manières de verrouiller la question de la Vérité :
1 – Le dogmatisme et l’hyper transcendantalisme conduisent à la négation de la Vérité. Cela inclut la menace des abus de pouvoir. Il y a aussi la domination et le contrôle des consciences. Enfin, il y a la négation du caractère réel et pratique de la Vérité humaine.
2 – la seconde manière est de réduire la Vérité à n’être qu’une question formelle, langagière, une énonciation entre deux points de ponctuation.
D’un côté, il y a une déesse sur un piédestal dans l’Olympe de l’abstraction. Elle est loin des mortels et coupée du réel, au paradis des idées platoniciennes. De l’autre côté, il y a une Vérité sémantique, formelle et langagière. Cette Vérité est coupée de la Vérité du réel.
L’hypothèse que nous formons est que la Vérité est peut être une tension entre les deux pôles de la transcendance et de l’immanence.
4 – EN RÉSUMÉ, CE QU’IL FAUT RETENIR :
La Vérité est en danger aujourd’hui, et menacée par la prolifération des mensonges toxiques.
La Vérité s’est nourrie d’échanges et de discussions. Ces discussions incluent des disputes, ou « disputatio », discussions polémiques dans la scolastique du moyen âge. Elle s’est également nourrie des nombreuses controverses à son sujet.
La Vérité a pratiquement disparu comme cadre de référence. Elle a disparu comme repère. De même, la question de l’être a été occultée dans le discours de la méta physique.
Son affaiblissement s’accompagne de la perte du sens pour l’humanité.
Son approche et sa recherche ne sont pas suffisantes ce qui implique nécessairement un combat pour sa défense et sa survie.
Un combat d’idées, de réflexion, de documentation et de publication, avec une méthode utilisant :
- l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité
- l’approche holistique et systémique
- l’approche historique et généalogique
- le questionnement – l’argumentation – la critique – la logique et la dialectique
- la comparaison.
